• christophegervot

Structures, langage et signifiant

Mis à jour : juin 16

Que s’est-il passé dans l’antiquité gréco-romaine ?

Depuis que l’homme s’est mis a parler, nous ne savons pas pourquoi, comment, peut-être pour se défendre en communiquant, mais cette hypothèse qui semble correspondre à une inclusion de l’apparition du langage dans la théorie de l’évolution ne peut être qu’une hypothèse, en linguiste je ne peut la confirmer, ni en psychanalyste, depuis lors il a appris des codes qui sont devenus, sans doute très vite, son langage propre, à partir du moment où ce qu’il prononçait lui est apparu comme parlant de lui. Ces mots qu’il a fait siens, même enfant en réponse à l’adresse que lui faisait un plus âgé (l’inverse pouvant se réaliser aussi, comme la réalité peut l’illustrer), ou à tout âge, ont donné lieu, c’est probable, à partir ou ces codes, devenus langues de quelques-uns à des échanges se répandant plus ou moins facilement, et au gré des transmissions géographiques et générationnelles.

Quand les sociétés politiques se sont installés sur des territoires, ont posé des lois qui dépendaient du bon vouloir d’un chef puissant, ou d’une tradition, ou d’une caste, d’une dynastie, ces lois n’avaient pas la force des lois que nous respectons, quand cela nous est possible, depuis que la civilisation protège nos vies et nos droits et donc nos libertés. L’avènement de cette civilisation est sans doute à dater de l’invention de la démocratie, donc dans les cités grecques, à Athènes je crois.

Les grecs ont inventé la démocratie, la démocratie politique, en constituant des systèmes, imparfaits car censitaires, liées à la richesse, masculins, à la condition « d’homme libre », certes, donc excluant les femmes, et les esclaves qui travaillaient pour eux (c’est aussi là que se situe la dialectique du maître et de l’esclave, mais ce serait un autre développement), mais ils ont inventé la démocratie, ce système politique qui permet à chacun de participer à l’élaboration de la loi, qui de ce fait, reconnaît, en tout cas peut reconnaître, dans son expression, son champ d’application, son respect, les droits les plus élémentaires des citoyens. Le mouvement et la revendication de démocratie ne sont pas terminés et notre histoire actuelle le démontre jour après jour.

Les cités démocratiques grecques ont surtout permis de défendre efficacement les droits à la sécurité, par le droit, la stabilité qu’il permettait et devrait permettre s’il ne bafoue pas le respect des personnes humaines, de ceux qui s’inscrivaient dans le processus démocratique. De respecter des vies humaines. D’apporter l’abondance ? Pour certains, sans doute.

Comment les « lois » iniques des puissants œuvrant pour leurs intérêts, des civilisations antérieures, mêmes proches dans le temps historique, sont-elles devenues des lois symboliques ? Il a fallu qu’elle soient justes, pour que faire appel à elles et s’y référer donne l’autorité nécessaire, c’est-à-dire celle qui supplée l’autorité naturelle de celui ou celle qui s’adresse à un semblable pour lui signifier son iniquité ?

Si les lois sont devenues symboliques, il a fallu qu’elle soient démocratiques, justes et que l’on puisse s’y référer, donc qu’elles soient écrites et inscrites quelque part.

La loi humaine, référée à la justice et au respect, est-elle liée à l’apparition de la possibilité de l’écrire, comme c’était possible dès l’invention de l’écriture par les phéniciens ? Écrire la loi a permis d’en faire une référence ne dépendant plus seulement d’un bon vouloir.

La société grecque des débuts connaissait la religion, mais pas le monothéisme. Le polythéisme de la religion grecque, de la religion des romains, était de nature mythologique, donc mettant en scène des dieux à l’image des hommes et des femmes (la genèse dit le contraire, mais est-ce vraiment autre chose?) de l’époque. Des dieux aux comportements tout aussi symptomatiques que leurs créateurs humains, tout au long de l’élaboration de cette religion. Aux comportement tout aussi injustes, nocifs, néfastes, criminels, dangereux, ignobles… ? Sans doute, mais aussi héroïques, capables de désirs et d’amour, de don.

Les lois des puissants iniques inspiraient la crainte, sans doute celle que Sigmund Freud, dans son mythe de Totem et tabou, où il fait remonter la loi et le symbolique à l’effet de la culpabilité des fils d’avoir tué le « père de la horde » parce qu’il lui fallait toutes les femmes, mêmes les leurs. Ces fils, écrit Freud dans son mythe, se jurèrent qu’on ne tuerait pas, et s’instaura la crainte de cette loi. Crainte de Dieu, dirait Jacques Lacan.

Mais craindre, qui est salutaire, peut permettre de transmettre un signifiant de la loi, ce que Lacan appelle la « métaphore paternelle », ce signifiant référé aux craintes de celui ou de celle qui le transmet, le signifie, et donc de faire de celui qui le reçoit et l’accepte, un névrosé. Lacan nous dit fort bien que cette métaphore paternelle peut provenir d’un homme comme d’une femme. Ce névrosé pourra parler avec une autorité qui lui sera naturelle, et qu’il référera à la loi symbolique.

Les religions issues des écrits bibliques ont fait passer la loi divine du statut de crainte de Dieu au statut de loi symbolique, par celles qui instaurent le respect de la vie et des personnes : « Tu ne tueras point », notamment.

Mais si la religion juive instaure la loi du talion, c’est-à-dire la menace ou la vengeance pour prévenir un crime, (et non pas pour éviter celui qui a eu lieu), et donc pense réparer par un crime égal, le christianisme remet à l’au-delà de la mort la réparation pour ceux qui sont victimes de leur vivant. Le caractère propre du christianisme est d’avoir suscité une religion grâce à des écrits qui relate la vie d’un révolté de l’empire romain dans son extension sur les terres du judaïsme. Le Christ, s’il a vécu, a été la victime de l’ordre romain tout en s’opposant à la loi du talion.

Lacan réfère le Nom-du-père, ce signifiant qui manque aux psychotiques, à l’invention monothéiste du Dieu de la Bible. Mais en fait, le Nom-du-père est issu du christianisme, donc de l’évangile.

La loi symbolique a deux essences : la crainte de la force de la loi, et la justice donnée aux êtres humains lorsqu’on les reconnaît dignes de faire partie de la lignée humaine qui sera respectée comme on les reconnaît dignes de respect, c’est-à-dire en étant juste, quitte à faire un effort sur soi, même si soi on n’en a jamais profité ni eu les fruits durant sa vie.

Ainsi, c’est le décalogue qui a permis l’apparition du symbolique, parmi le peuple juif et l’aire où il vivait ou se déplaçait. Il l’a permis surtout grâce au commandement « tu respectera ton père et ta mère », qui permet à des enfants jeunes de faire la part des choses entre ce qu’ils souhaiteraient de la part de leurs parents, comme des témoignages d’amour et/ou de respect, qui manquaient sans doute à cette période historique, et ce que pouvaient réellement donner ces parents, en fonction de leurs possibilités personnelles. Faire la part des choses permettaient à ces enfants, grâce au signifiant « respect », transmis, et les autistes étaient et en sont capables, de prendre conscience des difficultés et des limites de leurs parents, ce qui est juste et leur rend justice, et qui va jusqu’à rendre justice aux enfants qui peuvent en être apaisés. Mais aussi, ce commandement, qui est de la même nature de respect que celui qui dit qu’on ne doit pas convoiter la femme de son prochain (notons que la femme n’était pas en position d’égalité par rapport à l’homme dans ce commandement), instaure une loi symbolique puisque qu’on peut s’y référer pour réprimander à partir de conceptions justes pour des enfants. Les premiers psychotiques, accédant ainsi grâce à une loi d’origine humaine, donc autiste à l’époque, au symbolique, furent des enfants, jeunes ou déjà adultes, et non des sujets en position de parents dans ce comandement. Cependant, la Thora instaure un loi qui punit de façon criminelle, en mettant sur le même plan fautif et agent de la sanction, en faisant deux coupables à égalité. On dirait de nos jours que la Thora instaure une « justice » horizontale, avec en surplomb un Dieu vengeur et un loi menaçante comme références surmoïque. C’est aisni, dans la Bible, un Moïse qui est à l’origine de l’apparition sur Terre du surmoi chez des sujets, psychotiques.

A un athée, une femme autiste qui croit ce que ses parents lui ont appris en terme de respect entre les êtres du fait de sa croyance en sa religion, pourra transmettre le signifiant de la loi. S’il en est convaincu, l’accepte, l’exprime, il en sera conforté dans sa vie.

Respecter son père et sa mère permet aussi de s’en distancier. Cela permet-il de leur dire non ? Pour éviter l’incestuel, par exemple ?

Il faut peut-être pour cela que les parents respectent aussi leurs enfants. C’est sans doute à la période où des lois démocratiques ont aussi protégé, et non menacé, que cette mutation a pu se produire. Comme je l’ai écrit plus haut, avec la démocratie est venue la liberté, liée à la participation au devenir politique de chacun. Et, contemporain de la Grèce antique, le Christianisme a répandu la parole du Christ, personnage fictif ou réel, peut importe, en tous cas présent historiquement dans les évangiles, de « laisser venir à lui les petits enfants ». De les prendre en considération comme sujets. Le Christ a-t-il souffert de ne pas être le fils de son père ? Même inconsciemment, car il a pu bénéficier de l’accès au symbolique permis par le décalogue, la religion de ses parents.

Joseph, son père, apparaît comme le père pédagogique de la psychanalyse (Françoise Dolto l’écrit dans ‘L’évangile au risque de la psychanalyse’), mais ailleurs, paraît assez effacé.

Contemporains du christianisme, les grecs enseignaient les enfants des citoyens. L’enseignement du Christ, qui prônait la justice sociale, a rejoint l’aire grecque et y a été adopté. A rencontré le peuple inventeur de la démocratie, de la référence à une loi juste. Chacune de ces deux références historiques a essaimé dans notre monde. A la différence que la Bible instaure des lois religieuses, même traduite théocratiquement, comme l’Islam, alors que première loi en Grèce était politique, et donc laïque, donc éloignée des désidératas capricieux des dieux de leur religions, même de ceux de Jupiter. La politique, le souci de la vie de la Polis, la Cité, a permis l’amour, a permis que des signifiants de la loi transmis, même par les chefs politiques, et donc pas tous, permettent aux sujets de constituer des points de capitons, des Noms-du-Pères, entre signifiants et signifiés, liés à l’accord subjectif des citoyens avec les lois, donc avec la loi humaine du respect mutuel, c’est-à-dire la loi qui nous concerne tous et s’applique à tous.

Christophe Gervot, psychanalyste, écrivain, musicien, artiste conceptuel, traducteur et formateur, le 4 mai 2020

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