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Psychanalyse : dire du nouveau sur l'origine psychogénétique de l'autisme

Je ne connais pas vraiment la pensée, ni les écrits, ni la pratique de Bruno Bettelheim, même si j'ai acheté son livre La forteresse vide (éditions Gallimard, collection Connaissance de l'inconscient, 1967) et le lirai dès que le temps m'en sera donné, car je pense qu'il y figure au moins quelques idées intéressantes.

Ce qui est divulgué de la pensée sur l'autisme depuis assez longtemps, c'est que la mère du sujet autiste lui refuse l'accès au symbolique. Revenons sur cet énoncé. Il faut y ajouter : le père aussi refuse à l'enfant autiste l'accès au symbolique, comme le fait son entourage. N'oublions pas que des enfants grandissent sans parents. Dans ce cas, le personnel soignant, qui devrait jouer le rôle des parents, refuse également l'accès au symbolique aux enfants autistes dont ils et elles ont la charge.

Dire qu'ils et elles "refusent" es une acception du verbe refuser. En fait, ils et elles ne peuvent donner l'accès au symbolique aux enfants, qui le demandent, car soit ils ne disposent pas non plus du symbolique (sont autistes) soit quelque chose les en empêche, comme l'histoire de la famille, un secret de famille, un doute sur leur paternité, même quand ils disposent du symbolique. De même, dans un couple, l'un ou l'une peut aussi ne pas faire de place à l'autre dans le soin et l'éducation des enfants.

Enfin, quand nous disons et écrivons 'origine psychogénétique de l'autisme', nous parlons du mécanisme de la psychogenèse, qui est général dans la vie des êtres humains., et qui signifie que nos psychismes déterminent nos vies et celles des autres parfois. Mais, pour les enfants autistes et les sujets autistes adultes, l'origine psychogénétique de leur autisme est du côté de l'entourage, des rencontres qui ne font pas tuché, contingence, rencontre avec quelqu'un qui parle authentiquement. Et les sujets autistes qui le restent jusqu'à leur mort sont toute leur vie du côté de ceux qui sont ainsi déterminés par les autres, en creux. C'est pourquoi, en l'absence du symbolique, ils ne se figurent pas distincts des petits autres (de leurs prochains) et sont "dans le même". En effets, les autistes ne se figurent pas que nous soyons plus d'un dans leurs familles et dans leur environnements. Il nous confondent avec eux-mêmes, faute d'être séparés par le signifiant, depuis la première frappe signifiante, qui leur fait défaut. Christophe Gervot, psychanalyste et écrivain, le 12/05/2021.

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