• christophegervot

Premières vues qui me parlent, 2 : mon pays subjectif

Ce pays, qui va, pour autant que j’en ai une image mentale, de Guémené-Penfao à Assérac, et de Saint-Nicolas-de-Redon à Saint-Père-en-Retz – je parle de celui d’ici que j’ai traversé – passe pour être un pays développé et peuplé. Il s’inscrit dans la région des Pays de la Loire ce qui nous fait prendre le train jusqu’à Angers et Le Mans comme si nous y étions à la maison.

Alors, ce petit pays de Loire-Atlantique subjectif qui est le mien, vit surtout de son agriculture (et pour ça il est boisé, remembré, semé et récolté à foison). C’est ce que l’on voit des pays agricoles, quand les temps sont à labourer, qu’ils donnent leurs récoltes. A l’inverse, il vit aussi de son industrie : elle est surtout logée le long de l’Estuaire de la Loire, à Saint-Nazaire, Donges, Montoir, Nantes…

Les gens d’ici, c’est connu, ont pour voir du pays, et le leur aussi, leur voiture ou le bus ou le train. Mais ils ont, plus qu’en ville, une voiture. D’où leurs traversées par la grande RN165, la 4 voies, la voie express, que le passé de leur région, historique, la Bretagne, a fait gratuite puisqu’au temps des ducs et duchesses, il n’y avait de péage. Notre héritage est là aussi.

Moi, quand je suis né, on m’a dit, que quand ma mère allait me donner naissance, à l’époque, il n’y avait qu’une nationale, une deux voies, l’une pour aller, l’autre pour venir et pour doubler, entre la maison familiale et la clinique à Nantes où une césarienne était prévue, le 23 mars 1968, et que l’ambulancier (si je me souviens bien des récits familiaux), Noël, « faisait bien attention ». (Normal!)

De cette ancienne nationale, il reste des tronçons, devenus routes de campagne, entre ici, Missillac, Le Sabot d’or, Beaulieu et Pont-Château, bordés de leurs platanes.

Il y a un autre monde, peut-on dire, tout le long de la côte, c’est le pays des ports, des plages et des stations balnéaires. Et peut-être que de notre pays vous ne connaissez bien que La Baule, que nous, nous délaissons.

Il faudra quand même que je retourne à la Chapelle Sainte Anne vous écouter, écrivains, interprètes, un été, après que le Covid, la Covid, m’en ait empêché l’accès à force de ces règles dont d’autres ont décidé pour nous.

En fait, pour nous, les terriens, ceux du « rétro-littoral », la ville, c’est Saint-Nazaire, ou, extase, c’est Nantes. C’est comme ça. C’est peut-être même plus Gervot qu’autre réalité. Je ne sais. Nos pères, nos parents, travaillaient aux Chantiers, achetaient à côté. Nos vies nous ont poussés à Nantes, qui est distante de sa campagne et nous semble un joyau. Nous avons pu y travailler, y vivre, aimer, y avoir nos histoires, personnelles.

En 68, quand je suis né, le pays nantais, les chantiers navals, Saint-Nazaire, sortaient déjà d’une grève, de 67. Tout ce que je sais, c’est que ma mère avait plutôt peur de la révolution et que mon père était gréviste et récoltait des fonds de solidarité.

On nous dit, parfois, que cet esprit de liberté, à Nantes, dans mon pays, à Saint-Nazaire, existe encore. On le dit libertaire.

C’est sans doute ça.

Christophe Gervot, écrivain, le 4 mars 2022

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