• christophegervot

Pas de poignées d'amour "au sommet"

Mis à jour : avr. 23

La « dictature sanitaire », telle que quelqu’un l’appelée sur France Info radio, c’est-à-dire la forme de gouvernance que nous connaissons sous la présidence d’Emmanuel Macron, mais qui a commencé bien avant, est une réalité qui ne cesse de nous étonner, nous les démocrates, nous les intellectuels, nous les artistes, nous, tous les professionnels et citoyens attentifs au monde dans lequel nous vivons et évoluons.

L’image qu’elle donne d’elle-même est celle des éléments de langage (la novlangue de Big Brother dans 1984 de Georges Orwell1) qui ont colonisé les émissions politiques dans les médias depuis bien longtemps.

Mais il y a une nouveauté : on ne peut s’y habituer qu’à accepter de s’y adapter. On pourrait dire : à conditions de s’y former sur le tas pour pouvoir quand-même vivre agréablement nos vies. Et pouvoir en faire, en dire quelque chose. Pour lutter. S’y former, c’est ne pas viser haut et se contenter de peu. Tout en gardant pour nous-mêmes – ce qui éclairera nos choix et nos actions) – notre /nos background(s).

Pour Primo Levi, on peut survivre aux camps de la mort à condition de s’y adapter.

Par analogie, je me suis adapté aux médias audiovisuels de la période actuelle. Aux médias où paraissent les sachants, les « je sais tout », et ceux qui squattent les espaces dévolus normalement aux citoyens, professionnels ou non, qui font vivre la démocratie. Notez bien que quand on dit les « sachants », on est ironique, d’où la déclinaison en « je sais tout », alors que l'on peut dire, et particulièrement en psychanalyse et dans le domaine "psy", que le savoir n'existe pas. Les psychanalystes en connaissent un bout, mais ils ne sont pas dépositaires d'un savoir. La culture n'est pas du domaine du savoir (les sujets autistes s'y trompent) mais de la connaissance.

Prenons la réalité, la pathologie qu’on appelle l’autisme. Certains autistes préfèrent « Teach » et « ABA », les TCC ("Thérapies Cognitivo-Comportementales"), la PNL (Programmation Neuro-Linguistique), l’hypnose et toutes sortes de violences pour paraître dans le monde en cachant leur autisme, c’est-à-dire, pour eux, pour elles, pour être "respecté.es". Mais pour autant, ils et elles ne seront pas aimants. Pas aimables. Et donc pas aimé.e.s. Et ils et elles ne comprennent rien à rien.

La nouveauté que j’introduis dans le champ de la psychanalyse lacanienne et qui peut permettre à des sujets autistes qui s’adresseront à moi, psychanalyste, pour quitter l’autisme et faire une psychanalyse (voir mes textes de recherche parus ici), peut leur permettre aussi, c’est tout simplement logique, c’est la logique du langage et de la parole, d’être aimables, c’est-à-dire d’aimer. Et de comprendre la réalité. D’accéder aux apprentissages, à la culture, car au symbolique. D’adjoindre le S à RI2. D'accéder aux apprentissages, par l'expérience ou par des formations qui ne seraient pas des formatages.

Mais pour l’instant, dans notre société, sont au pouvoir des élus qui n’offrent pas de poignées d’amour pour qu’on puisse leur adresser un message comme : « remet ta culotte à l’endroit », ou « remonte tes bretelles ».

On a beau essayer de les leur remonter, il n’entendent pas. Leurs « thérapeutes » divers non plus, qui les formatent.

Christophe Gervot, psychanalyste, écrivain, citoyen français, le 22 avril 2021.



1Orwell, G. 1984, traduit de l’anglais par Josée Kamoun, Paris, Gallimard, coll. Folio, 2018.

2Réel, Imaginaire et Symbolique (RIS) : les 3 catégories de Jacques Lacan.