• christophegervot

Les après de ‘RIyeS !’, 5 : de l’autisme à la névrose


Il est heureux, pour ceux qui ont l’esprit scientifique, qu’un résultat puisse être reproductible dans des conditions équivalentes.

La journée n’est donc pas à la peine. Un jeune adulte, réfugié politique en France que je connais vient de sortir de la psychose, qu’on lui avait diagnostiqué en ici, dans ce pays, alors que, plus tôt dans sa vie, il avait été diagnostiqué autiste dans son pays d’Afrique.

Ce jeune adulte, alors demandeur d’asile, avait donc, conformément à ce parcours, déjà quitté l’autisme, comme il s’en confia à moi librement, et précisément, selon lui, lorsque, lors d’une de nos conversations personnelles, il avait accepté un signifiant parlant de lui, son S1, sur mon interprétation « qu’il avait peut-être compris quelque chose ce faisant ». Un diagnostic de psychiatre avait confirmé une psychose nouvelle. Quant je lui demandais s’il me comprenait quand je lui parlais, il répondait : « oui, tout. » Il était entré dans le langage et s’était donné un accès au symbolique.

A présent, 4 ans plus tard, alors que nous ne nous sommes pas vus depuis longtemps, ce jeune réfugié politique revient lors d’une conversation sur son besoin éventuel de retour aux apprentissages, comme celui de la lecture et de l’écriture, ou du calcul, qui lui sont maintenant possibles grâce à la compréhension que lui permet l’accès au symbolique. Connaissant un peu son histoire, je lui dis que justement, quelque temps avant, il a quitté volontairement avant la fin une formation vers laquelle il avait été dirigé, formation financée, et que pourtant, il avait été accepté pour celle-ci et donc, comme il est dit parfois dans le monde de la formation, il avait éventuellement occupé la place de quelqu’un d’autre. Il le reconnut et donc s’avoua en faute, selon la concordance entre ses valeurs personnelles et ce que je lui reprochait. Cette concordance, fruit du hasard, lui permit d’accepter ce signifiant de la loi que peut être « à la place de ». C’est donc avec ce Nom du père nouveau qu’il vient de quitter la psychose pour entrer dans la névrose, ultime structure psychique possible pour l’être humain, celle où le point de capiton du Nom du père fixe le rapport entre un signifié («à la place de ») et un signifiant qui lui est inacceptable selon ses valeurs, comme « pas juste », et donc celle où le rapport au langage est serein et plus du tout intranquille. La névrose est ce que l’on appelle la « bonne santé ». D’ailleurs, pour revenir au Lacan du Séminaire III, Les psychoses1, ce jeune comprend une métaphore, puis une autre.

Ce jeune réfugié n’a pas, c’est évident, suivi un parcours de psychanalyse complet, encore plus satisfaisant, et il est fort probable qu’il ait, venant de l’autisme, des symptôme névrotiques. C’est uniquement sa rencontre, personnelle, avec moi, psychanalyste et névrosé, qui lui ait permis de faire ses deux sauts.

Christophe Gervot, psychanalyste et écrivain, le 25 octobre 2022

1Lacan, J. Le Séminaire, livre III, Les psychoses, 1955-1956, Paris, Seuil, 1981.

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