• christophegervot

Le refus autistique

Mis à jour : juin 16

Ajoutons un terme à la la série lacanienne de la forclusion, du refoulement et du déni : le refus autistique.


Dans son Séminaire, livre III, les psychoses, où Lacan fait cette découverte déterminante que la psychose est due au manque d’un signifiant chez les sujets psychotiques, le signifiant de la loi, qu’il appelle aussi la métaphore paternelle car ce signifiant peut être donné au sujet par une autre personne que le père, et que, sans doute, cette métaphore permet toutes les autres et au discours de la chaîne signifiante de s’ordonner selon les deux axes, cette fois-ci, de la linguistique saussurienne, devenue chez Lacan qui y réintroduit le sujet, barré donc et au-delà, sa "linguisterie", Lacan donc emploie les termes allemands correspondant aux trois traits structuraux fondamentaux de la psyché humaine : la forclusion (du Nom-du-père), qui conditionne la non-réception éventuelle des signifiants de la loi chez les psychotiques, le refoulement névrotique qui détermine les symptômes des névrosés et le déni pervers qui fait que, même si l’interdit est signifié et reconnu, il est « quand-même » contourné.


S’agissant de l’autisme, comme l’actualité politique en France en témoigne, je dirais que le terme inaugural de ce handicap est le refus.


Quoi qu’on dise au sujet autiste, il ne variera pas, s’enfoncera dans ses mensonges souvent tellement parfaitement assumés que peu décelables par les autres sujets, sauf à avoir l’habitude de côtoyer des sujets autistes (c’est d’ailleurs pourquoi la vie des enfants d’autistes est difficile, même si eux ont par chance échappé par la contingence à l’autisme grâce à la présence ou la rencontre d’un non autiste dans leur entourage et c’est pourquoi une psychanalyse réussie leur permettra de vivre pleinement leur épanouissement), vous jurera qu’il ne ment pas, vous prendra même dans un discours moralisateur, ou fera appel au lien filial pour s’offusquer de votre réaction…


Mais s’il s’enfonce dans son isolement et sa solitude ce faisant, c’est bien par un refus, qui est accessible à sa conscience, un refus délibéré de ne pas parler, de ne pas s’inscrire dans les échanges langagiers et humains. Bien sûr, il le fait parce qu’il n’a pas été reçu avec amour dans ce monde par ce parent qui l’obnubile et auquel il peut rester attaché toute sa vie, et même, bien sûr, au-delà du passage des générations qui fait que ce parent peut sans doute mourir avant son enfant. La psychanalyse est là pour permettre aux personnes qui sont dans cette situation de vivre pleinement sans attendre cette issue comme seul soulagement. Il s’agit pour eux, comme pour tous les sujets, d’être séparés inconsciemment d’avec ce parent.Le refus du sujet autistique de parler est tellement délibéré qu’il refuse de se considérer comme handicapé par ce choix, alors que l’évidence est là de ce handicap même pour lui ou elle. Il refuse de considérer son handicap, son en-deçà d’une structure de l’inconscient structuré comme un langage, comme une injustice, même s’il ou elle passe sa vie à faire payer à autrui cette injustice (en soi, cela est un autre mensonge).


Le sujet autiste choisit réellement, et il nous appartiendra de préciser jusqu’à quel point si cela est possible, et donc possiblement en toute conscience, délibérément (en cela le sujet autiste se différencie du sujet de l’inconscient) de ne par parler, je veux dire de ne pas parler authentiquement, c’est-à-dire de lui-même ou d’elle-même.De cela il découle que ce choix est hautement accessible à la psychanalyse que je pratique.


Il s’agit, je le répète, d’écouter le patient autiste pour percevoir le moment où il incorpore le signifiant comme signifiant qui lui est propre, et de le lui confirmer, sur le mode de « je pense que là, vous avez parlé de vous ». Il s’ensuit un changement chez le patient qui entre dans l’inconscient par l’accès au langage qu’il s’est donné, et grâce à la psychanalyse. Les séances qui s’ensuivront, mais en cela elles ne diffèrent en rien de celles des autres analysants, sauf en leur singularité bien sûr, peuvent mener ce sujet sorti de l’autisme jusqu’à la névrose.


Ces nouveautés ne sont-elles pas appréciables pour les sujets autistes ? A eux de se déterminer.


Christophe Gervot, psychanalyste, écrivain, musicien, artiste conceptuel, traducteur et formateur, le 16/03/2020.


Christophe Gervot, psychanalyste à Missillac (44780), est diplômé en Lettres, Langues, Littérature et Civilisation Etrangères de l'Université Catholique de l'Ouest (UCO) et de l'Université Rennes 2. Il a été étudiant de l'Antenne Clinique d'Angers (ACA), de la Section Clinique de Nantes (SCN) et est diplômé en psychanalyse du Département de psychanalyse de l'université Paris 8. Il est également diplômé en Études européennes, option 'Politiques et Pratiques culturelles en Europe' (PPCE) de l'Institut d’Études européennes (IEE) de l'université Paris 8.

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